1=3

00h37. Ils ont essayé de me joindre, mais je n’étais pas branché, j’étais occupé. Ils ont essayé de me parler mais je devais faire avant tout le tri entre ce que je pensais en situation et ce qu’il y avait dans ma tête. J’avais l’impression d’ avoir l’impression de les entendre, je me disais. Je me dépêchais de rentrer à l’hôtel, je m’isolais. Alors ce fut de plus en plus blanc, une onde, une pulsation, et pour finir je les entendais distinctement. J’écrivais.


C’est un échec tout à fait singulier que de se perdre dans sa propre fiction jusqu’à disparaître, mais qui pourrait en passer aussi pour un succès. A présent que l’auteur des lignes qui précédaient n’est plus, et, comme il écrivait au début qui j’étais, maintenant que j’ai repris la plume et par un tour extraordinaire, c’est moi qui dois finir d'écrire pour lui, de sorte qu’à nous deux nous somme le meilleur auteur possible. Tour à tour émetteur et récepteur, nos deux polarités contrebalancent : l’un tient la feuille, l’autre le stylo.

Nous sommes l’espace mental qui s’est étalé entre les deux qui se défait du temps. Il y a un monstre symbiotique entre nous : parfois mort, parfois vivant, la tête droite et les yeux ouverts, il ne répond à aucun nom, et sa lumière est électrique. Il a l’air si léger et transparent qu’un souffle le balance et qu’on se demande où il est. Il porte une couronne végétale brillante sur la tête comme un arrangement de fleurs de diverses couleurs, mais les pétales changent, et la lumière en creux dans le cœur de ces espèces de petites fées qu’on ne peut pas décrire est d’une beauté éclatante et effrayante.

Car écrire, comme nous le faisons, chacun de son côté pour commencer, c’est obéir à l’impératif d’un livre qui n’est pas encore écrit : c’est le livre futur qui me parle, et qui est écrit par ce que je ne suis pas encore, et qui me coule dessus depuis une sorte de « là haut ». Mais en suis-je l’auteur ? Non, c’est cet autre moi à venir. Cet autre qui va passer par une succession d’épreuves et de délais que j’ignore, et que je devrais redouter. 


Cette distance comprise entre celui que je suis là, sans le savoir, et celui que je serai, que je ne connais pas, est difficile à concevoir. Imaginons la scène : un écrivain oublie ce dont il voulait parler, ou ce sur quoi il voulait écrire : son sujet lui échappe, en plein milieu du livre - livre qui lui reste à écrire, ou bien il doit alors recommencer. Le livre change aussi: son intention s’est transformée, et le livre qui aura été écrit n’est plus le même que celui du début. Faudrait-il ne concevoir que par la fin ? La même mésaventure est possible, mais elle n’est que le détail le moins saillant de tout ce qui peut arriver. Car imaginons qu’il est parvenu au bout de son projet: le temps a passé, c’est un travail de longue haleine, des années, peut être une dizaine, se sont écoulées, et lui n’est plus le même.


Les molécules de notre auteur ont changé. Il n’habite plus au même endroit. Sa femme est partie, et il se perd dans l’alcool toutes les nuits, puis il décide de se retrouver comme on dit et il refuse les avances d’une jeune fille de bonne famille qu’il avait jugé un peu trop entreprenante – passons. Il est devenu son lui-futur, et lorsqu’il se relit, ce n’est plus lui désormais : c’est cet autre qu’il était. 


Ecrire, c’est faire correspondre un échappement au temps avec la temporalité.  Autrement tout n’est que bouleversement incessant : il insère dans les mailles de son texte passé les éléments nouveaux qui le composent désormais. Lui, l’auteur, saura lire le différentiel de ce qu’il a voulu et de qu’il veut désormais pour lui, mais le livre n’est plus son livre, c’est une construction, qui contient tout ce qu’il est, c’est un écho perpétuel, de sorte qu’une fois qu’il aurait commencé il ne pourrait jamais s’arrêter d’y apporter des corrections.

Il reprend pourtant, car il n’y a pas d’autre façon. Il se parle à lui-même. Cet autre je du passé  qui a disparu, il lui fait la leçon : le corrige, le biffe, supprime par chapitres entiers. Ce qu’il écrit désormais, c’est ce qu’il est devenu. Parfois un cri d’insatisfaction lui échappe comme un animal blessé : il relit là où il en était, mais il ne se reconnait pas. Il y retourne encore: il va vers son passé, mais en espérant que celui qu’il sera bientôt dans le futur et qui reviendra encore vers lui ne sera pas trop différent de lui-même à cet instant. Il voudrait se voir ralentir, ne vivre plus que dans quelques dizaines de respirations. Il voudrait n’être plus qu’un seul, mais il est toujours accompagné : de même que dans la plus élémentaire des folies, il est devenu un problème pour lui-même, et cette double identité est pourtant ce qu’il lui faut accepter.

On ne peut pas dire à quoi ressemble un écrivain : doit-il porter la barbe, et garder le lit ? Peut-on avoir l’air d’un écrivain ? Un écrivain n’existe pas : écrire, c’est faire en sorte que un soit deux, et trouver cet équilibre.1=2. Etre seul ce n’est jamais vraiment écrire : pour ce faire il ne faudrait jamais relire, ce qui n’est pas le métier de  l’écrivain, mais plutôt celui du médium illuminé ou de l’adhérent à l’écriture automatique. Un écrivain est toujours son propre lecteur imaginaire qu’il veut séduire – quel tour ! – d’ailleurs si personne n’est là pour voir qu’il écrit, qui peut assurer qu’il fait bien ce qu’il dit ? Ce serait une forme particulière de folie, et le voici cerné: soit il cède à la double personnalité, soit on le fera céder.

Comme l’auteur en était à l’esquisse d’un livre futur, je reprends désormais ses notes pour le corriger: il se crée une potentialisation qui subjugue ce qui aura été énoncé plus tôt. Concrètement en tant que personnage, ici j’écris, et je ne fais que reprendre et répéter le livre d’un autre, l’auteur qui n’est pas moi-même, qu’il m’a légué et que je suis le seul à connaître. 


Nous nous guérisons mutuellement de notre pathologie. L’un comme l’autre, nous n’avons pas à faire à ce que nous en penserions nous mêmes, depuis les brumes d'un temps indéfini, mais à cet autre encore qui pense. Il y a quelque chose de supplémentaire, qui n’existait pas, que nous créons entre nous. A nous deux nous sommes trois. 1=2 alors; or 2=3 dans ce cas; d’où il en ressort que 1=3 et nous sommes encore augmentés – quoiqu’en disent les médecins, ce qui ne change rien à l’affaire, car doivent-ils s’occuper comme ils le croient de la littérature ? 


Que se permettent-ils de juger ceux qui plongent, alors qu’ils ne savent pas nager ? Si la folie est là, n’est elle pas subsidiaire, ou simplement concomitante, contemporaine au fait même d’écrire ? Quel dévorant aveuglement les oblige à répondre avec des médicaments contre l’angoisse, contre le questionnement lorsque l’entretien se conclue et que la fiction pourtant se continue ? Ô comme j’aimerais pouvoir convaincre un seul de ces savants de l’épiphénomène de me suivre juste quelques pas sur le chemin fait de fureur, de savoir que l’on va se perdre, mais qu’il n’y a pas d’autre façon d’arriver ! Comme j’aimerais voir leur visage changer ! Mais au lieu de cela ils restent impassibles, la face convenue et lisse comme un cerveau idiot, et on me dit que je suis un agité. Non, ils ne savent pas la douleur physique que c’est d’enchainer les feuillets pendant des heures à sa table le dos courbé, et de n’être pas sûr qu’une fois que cela fut fini, les mots qui seraient écrits seraient aussi ceux qu’on aurait voulu qu’ils soient. On me conseille le repos ces temps ci, car je suis très excité : je suis trop énervé et cela déteint sur les autres patients. Je comprends bien la notion de respect, mais au diable la tranquillité ! Depuis la clinique où je suis, j’agiterai le petit globe où ils sont enfermés : on le retourne et il neige – ils ne s’y attendaient pas.

Or comment rendre compte avec des pages, avec des mots, avec ce que nous savons de la temporalité de l’auteur et du récit, de cet espace qui n’en est pas un, celui de l’imaginaire qui se tient pour vrai ? De cette époque qui n’en est pas une ? Avec une vibration particulière peut-être, et qui tient à ce que l’auteur et moi avons patiemment construit : un état disputé entre nous deux, qui comprend tout, qui entretient tout, qui s’affranchit de ce que nous sommes séparément, mais qui ensemble fait de nous le troisième œil insupportable, incomplet mais déjà autre, qui croit vrai ce que j’écris, ce que nous écrivons – cet œil voit le récit : il lit. A nous deux nous espérons que nous ne sommes pas seuls, tout en sachant que cet autre n’est pas nous même.

Il faut comprendre que c’est réconfortant : c’est rassurant. C’est quelque chose que de savoir cela, qu’on échappe à sa propre folie.

Il faut faire vite maintenant: le temps ne compte pas, mais il est utile. Du reste j’en ai bien profité. Je voudrais maintenant vous parler d’elle. Branchez un nouveau cerveau sur un autre transistor  et continuons.

Mille Emile

Ami, tu te souviens de ce mauvais chanteur de rues qu'on retrouvait sur tous les trottoirs lorsqu'on sortait toi et moi? Pas ce vieux en imperméable qui ne grattait que deux cordes mal accordées - je crois bien que celui là nous observait, il nous suivait - non plutôt celui platiné et gominé qui s'imitait lui même en train de chanter? Comme devant un miroir, ou comme s'il était en train de se regarder depuis l'extérieur, par le poste de TV par exemple. Quelque chose sonnait faux. Longtemps j'ai cherché ce dont il s'agissait: il était extérieurement schizophrène au monde, je dirais,car il voulait bien jouer le rôle qui, pensait-il de tout son coeur, lui était dévolu mais qui ne lui allait pas. Il menait une double vie mais à l'intérieur il était très concordant: il lisait deux fois ce qu'il était, et chaque part le renvoyait à lui même, seulement loin d'annuler l'autre brin de l'hélice qui tournait, elle la potentialisait. Il s'arrêtait, saluait les grands noms, la grande famille des artistes, mettait tout ce qu'il avait avec des gestes dédiés et en grimaçant devant le micro. C'était émouvant et parfaitement abscons. C'était ce plaisir de n'être pas lui même mais de le croire qui le faisait ignorer que tout le monde riait. Il continuait, et pour finir nous étions vaincus, obligés de l'écouter jusqu'à ce qu'il s'arrête. Pourtant comment dire vraiment ce qu'il faisait? Il ne chantait pas, il proposait un autre modèle, un modèle conforme à la réalité qu'on voudrait nous faire croire, un rêve pour chacun plutôt qu'un rêve global, et c'était comme s'il se voyait non pas déjà, mais plutôt déjà encore, avant d'avoir rien fait mais toujours, comme si cela suffisait deux fois: une fois pour lui, et une fois pour lui même qui se voyait. Et bien c'est une clé: c'est peut-être cela notre monde, l'imitation du vrai mais sans la substance. Puisque ce n'est qu'une seconde main, puisqu'on ne peut pas faire mieux, puisque ce n'est plus que le mensonge, consenti et établi, désormais, affirmé chaque seconde par le fait même d'exister. Ou quand on veut toucher au pur, on doit prendre garde à ne pas s'imiter soi même - en train d'écrire par exemple. Pour cela, ami, n'être que l'humble serviteur, et toujours en trajet.


Tout basculait, comme on saute par-dessus la haie: on reste un moment suspendu, si infime soit-il, et durant ce laps on n’est ni passé d’un côté, ni de l’autre: les deux sont possibles, et cette indécision est la force qu’il faut résoudre: cet instant décide de tout ce qui va suivre, mais pour le moment tout est encore équivalent. Puis les lois physiques et certains facteurs que l’on ne contrôle pas jouent leur part: on retombe et c’est là l’essentiel. Alors l’un des deux états survient. Pourtant l’autre subsiste: c’est l’état probable. C’est la faction du monde qui représente le possible, et qui voyage avec le réel. 

Le possible est partout, quand le réel n’est que là. Il voyage à travers le temps, il mêle le passé et le futur. Le réel est le présent, impalpable, inaccessible, qui déjà nous échappe, un peu comme si on voulait retenir de petits grains de sable dans le goulot du sablier: ils sont trop fins, et ce n’est que le vide que l’on étreint, c’est-à-dire ce qui n’existe pas, c'est-à-dire ce qui a déjà disparu. C’est-à-dire, surtout, non pas le présent qui est irrattrapable: ce sur quoi on referme les mains, c’est le possible et c’est un tort de croire que nous puissions attraper le réel.

Dans un système donné, la position d’un objet ne dépend pas seulement de ses coordonnées d’espace, mais aussi de celles du temps. Tous ces calculs servent à définir une sorte de cohérence au fait d’exister, mais ce qui nous concerne n’est pas le présent : on ne peut y accéder, il nous échappe, nous l’avons expérimenté. Lorsque nous l’anticipons, et que dans une sorte de cinéma mental nous avons voulu prévoir toutes les formes auxquelles ce présent pourrait ressembler, il se produit systématiquement l’inverse ou bien encore le différent. Lorsqu’il survient ce présent, nous nous rendons compte que l’autre, le possible sur lequel nous avions parié, est plus compréhensible, plus intelligible : il est plus vrai pour nous.

Pourtant le présent arrive. C’est la réalité. Le réel est le présent, alors ce que nous croyons est le non-vrai en somme. Le présent est l’image véritable, et nous sommes sa réflexion, aux vitesses les plus folles, de façon parfois presque instantanée mais légèrement différée : nous sommes dans ce cas, au regard de l’image, le miroir.

Le présent est l’image, il faut le répéter parce que dans le rapport au monde qui inclut le temps, c’est à dire dans la vision du monde par l’homme, un être ne peut pas vivre dans le présent. Voir cette image est une réflexion: cela inclue une notion de distance. Là d’où il regarde, pour l’homme, c’est alors, non pas le réel, mais le non-réel - là où il est désormais.

Par un tour étrange nous avons quitté notre lieu. Le présent ne nous appartient pas: il est déjà écoulé, de sorte qu’être dans ce monde signifie être exclu du temps: nous sommes déjà dans le non-vrai, le non-présent, le déjà-vécu ou le pas-encore, parfois même le peut-être aussi. C’est l’imaginaire et le possible.

La vérité est action, elle n’est pas du domaine de l’homme: c’est la sphère de l’animal et du réflexe. C’est la mécanique aussi. Une machine est d’autant plus vraie qu’elle fonctionne. Le processus qui active un moteur est le présent. Pour l’homme, c’est une énigme : non pas le fonctionnement, mais la capacité exacte des pistons. Même au repos, une mécanique est un présent qui s’additionne : c’est un objet. Dans le corps c’est pareil : le squelette est une structure au présent, et un réflexe ne se décide pas, il est tout simplement: quelque chose non pas qui vit ou qui vibre, mais qui se réalise, avant même que nous ayons pris contact avec notre cerveau non-vrai. Il y a une part de l’homme qui est une mécanique ou un animal, mais ce n’est pas qui il est. Être, rappelons le, n’est pas vrai.

Car un homme est il un amas de charpente et de cellules inertes ? Notre cerveau est un outil à créer un monde à partir du réel, un espace non vrai où il pourra se développer: le cerveau n’a de hâte que de figurer le possible, par opposition à ce qui est déjà. La perception des choses est une vibration: la matière se transmet sur un mode et une fréquence oscillatoire élaborée, et ce qui était là est devenu autre chose désormais: une représentation à l’intérieur d’une pensée, et un possible - ce qui était, ce qui pourrait être, à partir de là.

Le possible exclut le présent : il veut le remplacer. Le présent échappe à la main de l’homme, car sur son terrain c’est nous qui sommes ses jouets. En comparaison, le modèle planifié, structuré de la pensée dite rationnelle ne représente rien du réel: le présent est réel, et la pensée est l’irréalité, et penser fait de soi que l’on est irrationnel.

L’homme est un être imaginaire, qui évolue dans un monde trop complexe pour lui: il ne le voit pas comme il est, ne le comprend pas, pire il en a peur. C’est le monde hostile du fond des âges, auquel seuls les chamanes vouaient un culte, c’est le monde vrai. Alors il se promet une représentation différente : c’est le futur.

C’est pour cela que l’homme est incontrôlable: il n’est pas vrai, et je dirais aussi qu’il est un danger pour le vrai. Il n’appartient pas au monde réel, il est le désenchantement de la matière, et par la même méthode qu’il est exclu de ce monde, il est la véritable substance de ce qu’il partage avec lui même: son monde à lui, son monde futur.

L’homme vrai, comme il l’entend lui-même, n’est qu’un songe. Le voilà pourtant qui marche à la surface du monde: cette matière qui en gagne encore sur lui est dans son cœur un monde sensible dont il n’a cesse d’analyser les faits en projections. A l’inverse, il remplace ce qui existait déjà par ce qui vient de lui: l’imaginaire déborde sur le réel, et c’est le fait de l’homme.

L’homme réinvente ce monde imparfait, car étranger. Pour être vrai, il faudrait y renoncer, il faudrait accepter le mystère, il faudra écouter mais ne rien entendre, il faudrait être neutre et minuscule devant une plaine immense par exemple, ou sous un orage qui tonne, ou sous une nuit sans lune. Pour être vrai, il faudrait ne pas penser, ni imaginer: il ne faudrait pas être un homme.

Donc l’homme est non vrai par nature : il est de la matière dont on fait les rêves. Lorsque les générations passent, elles se transmettent cette incapacité au vrai: pour ceux qui viennent, le sol dur que nous avions construit est une vérité qui sera à son tour nié: en tant que passé, c’est la trace de l’échec du présent. Par l’outrance de son imagination, l’homme construit sur lui-même : il dépasse alors sa propre création. C’est ce qu’on appelle le progrès mais c’est un terme tellement imaginaire : d’un point de vue concret le progrès n’est qu’un recommencement aux idées courtes, et le courant générationnel donne une idée de continuité. Pourtant, à chacun, rien ne se transmet. L’imaginaire est neuf, et le vrai ne se rapproche pas.

En somme, le possible est le domaine de l’homme. Sur le terrain de la connaissance, l’imaginaire s’étend, l’univers imaginaire s’étend, infiniment, dans un univers réel, lui-même en expansion: à une échelle suffisamment grande, la probabilité que quelque chose arrive devient forcément égale à un, et ce qui veut dire que dans l’espace de l’homme, tout est possible.

L’homme alors n’existe pas, à proprement parler : il peut être, comme le présent n’existe que par l’homme.
Est-ce une anomalie du vrai, au fond, que le possible ?  Ou la queue inévitable de la comète – sorte d’ombre de probable rajoutée à la matière?

Puisque l’homme ne vit pas dans le vrai, et que la nature a horreur du vide, pourquoi n’y aurait il pas quelque chose là, plutôt que rien, dans cet espace qu’il ne pourra peupler, dans le présent qu’il ne peut concevoir? Ou plutôt, ce rien que nous appelons ainsi ne vaudrait-il pas pour un tout autre mot? N’y a-t’il ni atome ni matière dans l’instantané? Pourquoi n’y aurait-il pas d’autres formes que nous, qui n’auraient pas de passé ni futur par exemple, mais qui seraient juste vraies, selon un mode qui est hors de notre portée? Nous ne les verrions pas, ne les percevrions pas, comme le présent nous échappe, et ce serait leur dimension. L’invisible qui serait ce réel nous entoure alors: ce qui est vide, n’est-ce pas le plein? Mais si c’est à peine suffisant pour se de dire avec nos propres mots que c’est possible, quel serait le terme vrai pour décrire cela? Le néant, mais qui serait rempli de ce que nous appelons rien, c'est-à-dire ce dont nous n’avons pas l’idée? Certaines choses vivraient dans le présent et le vrai, d’autres dans toutes les directions du temps et le rêve du possible – nous sommes dans cette dernière nébuleuse.

Avons-nous remarqué l’impossibilité de représenter l’infini et l’éternité? L’idée d’un monde matériel n’est il pas ridiculement antinomique? Imaginer que des forces phénoménologiques existeraient en dehors de notre connaissance, n’est-ce pas glorieusement vain? La plus petite parcelle indivisible existe-t-elle sans faute? Ce qui ne se voit pas est-il vérifiable ? Ce qui est vrai peut-il être mesuré ? Il y a encore proprement parler aussi la possibilité de tout ce qui n’est pas possible.

Il y a pourtant différents moyens d’atteindre au vrai. Le monde physique dans lequel nous évoluons est une perception partagée du vrai, reliquat de la réalité, qui appartient au règne de l’animal: les herbes les montagnes, la nuit et les insectes sont consentis - le reste échappe, notamment ce qui fait sursauter un chat dans l’obscurité, ou quand un chien renifle, grogne et aboie si l’assemblée des hommes se réunit en cercle après le centre constitué - non pas donc après ce qu’il y a là, mais après ce qu’il n’y a pas. C’est dans le langage possible le fameux sixième sens, et on croirait dans notre langue que c’est l’intuition du vrai. De sorte que s’en remettre à ce que l’on croit, c’est rendre le possible réel - sans savoir ce que l’on vient souvent de réaliser. De là : la poésie est la vérité.

Autre : la folie est l’image. Devant le miroir, elle est vraie. La folie d’un homme est au présent, tout se calcule depuis ce point: alors la beauté devient horrible, mais c’est la beauté vraie. Ce qui ne se voit pas, ce qui  échappe au possible, se réalise: la folie voit les choses désormais. Mais pour les autres hommes, la folie n’est que démonstrative, vue de l’extérieur: d‘un coup pour eux, elle redevient possible. On en tire que la folie est à la fois l'image pour le fou, et le miroir du monde.

Parfois, je pensais que j’avais basculé: j’étais ici mais à vrai dire rien ne l’indiquait, je n’avais pas de preuve véritable ;  il était possible que je n’y sois pas, et de toute façon il n’était pas réel que j’y sois. Mon miroir avait changé d’axe, et par une curieuse angulation il se regardait, depuis un point bien défini qui était une angulation initiale, et tout aurait basculé (un accident d’avion, une prise de substance…). L’image aboutissait au néant, pour finir il n’y avait plus rien, c'est-à-dire que tout ce qui m’entourait était le non-vrai, mais si je pouvais penser jusque là, c’est que tout n’était que possible au fond, comme un rêve se remémore au réveil - alors qu’on ne se souvient pas de l’éveil dans le rêve. Je n’étais pas devenu l’image pour autant. J’étais encore un être possible, je n’étais pas déjà un être vrai.

Pas comme elle, qui, on s’en souvient, elle, la femme que j’aimais, la femme que j’aime, tout coup sans crier gare faisait jeu égal avec tout ce qui ne se voit pas. Frappée par une sorte d’illumination, qui serait un charme ou une inspiration extrême, elle parlait au silence, ou se promenait dans la ville la nuit en robe de mariée, parce qu’elle avait compris que c’était ce qu’il fallait ! Parfois quand elle se fatiguait et que le jour n’allait pas tarder, elle décidait qu’un taxi l’attendrait à l’angle de telle rue, et quand elle se présentait, c’était vrai.

Je reprends: la date, je l’ai déjà énoncée (cela compte peu). Nous dînions. Es tu schizophrène, je lui demandais? Dans le mille Emile ! C’est possible elle disait. Et ce n’était pas comme si elle avait répondu: oui, c’est vrai, ou non c’est faux - ce qui en reviendrait encore à la même chose. Ce qu’elle disait, c’était que s’il fallait la comprendre, s’il fallait la toucher, ou bien si je voulais l’aimer, il faudrait penser à elle comme à une image. Immanquablement, je devais devenir devenir son miroir.

Encore je voudrais ajouter un mot sur ce même sujet mais sur en parlant de ce curieux garçon, un ami disons, toi, ton propre exemple à vrai dire ami – quoi que ce soit peut-être moi si tout est possible - qui était pour lui-même, et non pas au nom de tous, à la fois l’image et le miroir. Ce qu’il était au regard de ses capacités n’avait pas l’air de convenir. Alors il avait entrepris cette tâche patiente et difficile : il s'agissait d’orienter l’angle par lequel il se voyait vers une autre image. Il était un nouveau reflet, alors, et cette modification à l’intérieur ne se devinait pas de l’extérieur (par son effet savant et par un fait sur lequel je dirai un mot pour conclure). Il était toujours un possible dans la cohérence des hommes. Pourtant si on le connaissait, on savait la force du mouvement qu’il avait impulsé: c’était à sa manière aussi une action du possible sur le réel, et qui visait à faire admettre non pas la possibilité du vrai, mais l’impossibilité de son propre mensonge.

Abysses: ce type n’était sa propre pathologie que pour autant qu’il le savait lui-même. Mais dans ce cas, dans le non mensonge, tout s’explique encore, tout est possible: parfaitement intégré il défendrait vaille que vaille ses contradictions comme s’il était impossible d’admettre que cela ne fut pas vrai, sous prétexte on l’a compris, que c’était le possible qu’il nous tendait. Après tout il suffirait de le croire. Mon ami était sa propre création, et quand il l'eut fini elle passait inaperçue, tant sa double schizophrénie est désormais l’un des maux communs, sorte de mode de vie contemporain, de l’homme moderne, qui consiste à rendre non possible le possible. J'y reviendrai.

Souvenir futur

Ce message a été rédigé dans le train XBR58135 classe 1B wagon C lit 18 le 12/7/9 entre 22h55 et 22h57 heure locale, puis il a été mis sur le papier avec fièvre pendant les trois jours qui suivaient : je ne pouvais plus quitter l'hôtel où j'étais descendu, et je tapais sur le clavier  le plus vite possible. Pourquoi si loin de tout, ami, j'écrivais précisément sur cela? C'est la question à laquelle toutes les psychanalyses et toutes nos philosophies tentent de trouver une solution. Mais par comparaison, eux, ils s'en moquent. Ils constatent tout simplement l'échappement au temps et à l'espace, c'est à dire la conscience. Qui sont-ils? On trouvera une tentative d'explication de leurs manifestations et des phénomènes que l'on observe, ainsi que des indices sur leurs coutumes et leur identité plus loin, c'est à dire, pour suivre un fil subjectif-logique: ailleurs, plus tôt ou plus tard, quoi qu'il en soit sur le chemin.


En 1972 j'avais -3 ans, c'est à dire que mes concepteurs ne s'étaient pas encore rencontrés et n'avaient pas même émis le projet de me voir entrer dans leur vie, trop occupés avec ce qu'ils appelaient, à juste titre, leurs petits soucis. La femme que j'aimerais plus tard, elle, était née. J'aurais juste aimé voir ça. J'aurais juste aimé la connaître depuis le début. Parce que je ne la comprends pas. Je l'aime, mais je ne la comprends pas - elle ne me comprend sans doute pas non plus mais pour elle ce n'est pas un problème, passons.

En février 2010, nous étions séparés déjà depuis trois ans. Encore un saut. En octobre 2005, nous faisons l'amour pour la première fois sur le tapis du salon de son petit appartement, au premier étage d'une rue étroite et qui semble n'appartenir à aucun plan de ville ou de cadastre - mais que des promeneurs empruntaient toutes les nuits, et j'en étais toujours étonné. Son dos avait marqué ce soir là juste au milieu des reins, et une petite croûte fragile s'était formée pendant trois semaines. Elle gardait encore cette cicatrice du premier soir, le tissu conjonctif à l'endroit de la peau initiale avait un léger défaut de coloration, le 12 avril 2008, quand nous nous sommes appelés, du moins c'est ce qu'elle me disait mais je ne pouvais pas vérifier.

Cette petite croûte était là alors, et elle nous ramenait tantôt. Elle était à nous, elle était tout ce qui nous restait. Elle était là, infiniment plantée au dessus de son bassin, et personne n'y pourrait jamais rien. Je raccrochais: il y avait un paradoxe que je n'arrivais pas à résoudre.

Quand on fait le compte, tout s'additionne. Ce qui est fait est fait. On ne revient pas en arrière. Mais elle pourtant, elle ne changeait pas. A croire qu'il y a des formes qui traversent le temps. Je pensais aussi peut-être qu'elle n'existait pas vraiment et qu'elle n'était en substance pas plus qu'un symptôme, oui mais de quoi? Mais de ta folie mon ami, je répondais en m'attrapant devant le plus proche miroir, et je m'observais le blanc de l'oeil à la recherche d'un signe qui pourrait me mettre sur la voix, me donner tort ou raison: tu veux dire un symptôme de mon amour? Cette femme au dos blessée je l'aimais, on ne pourrait rien y changer, peu importe qui elle était devenue désormais, ou ce qu'elle avait été avant moi. Depuis ma place, j'étais avec elle, j'avais la certitude d'être imperméable au temps. Mais je ne me répondais rien, je prenais des notes mentalement, et comme par un fait étrange immédiatement je me désintéressais.

Souvenir. J'avais huit ans, j'étais à la montagne. Je me souviens d'un petit garçon qui me ressemblait, qui, alors dans le blanc immaculé où nous allions chercher la neige pour nous la jeter au visage, s'était arrêté tout à coup de jouer, et très sérieux il m'avait dit, le nez rentré dans son écharpe: tu sais que tu ne m'oublieras jamais? Non, je ne le savais pas, et je lui demandais pourquoi. Essaie d'oublier ça, me lançait il comme un défi, ou plutôt comme si la seule réponse à ma question n'était pas une solution: souviens toi toujours du renard à la queue rouge. Et immédiatement, sans le vouloir, je le matérialisais dans mon esprit ce renard idiot. Très vite j'essayais de le chasser de toutes mes forces, et plus je me concentrais plus je lui donnais du poids et de la légitimité. Parfois, plus tard, je me réveillais la nuit pour ne pas oublier d'oublier ce renard maudit. Il riait, il se moquait, il grimaçait, mais il était une vérité que je ne pouvais pas nier: la force de l'imagination qui débordait dans ma réalité.

Je n'ai plus huit ans, j'en ai bientôt trente cinq, et je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi ces trente cinq prochaines années, mais je me souviens toujours de ce renard à la queue rouge, alors pourquoi donc maintenant l'oublier? Il fait partie de moi, il est en moi désormais. Il est intégré et chaque cellule de mon corps le connait. Je ne lui ai pas donné de nom, quand j'y pense il est dans une plaine enneigée en lisière de forêt, on se regarde comme ça, on se voit,  ça suffit.

Pourquoi je dis ça? Mais parce que c'est pareil pour elle, la femme que j'aime, la femme que j'aimais. Elle fait partie de moi, et quand je pense à elle, c'est alors celle qui est en moi que je vois: elle a fait le chemin inverse, de la matière jusqu'au coeur, mais elle traverse le temps.

Elle n'existe donc pas: elle est entre nous, à la fois ici et là bas. En moi, et en soi. Qui elle est? Je ne m'en souviens même pas, mais ce qu'elle est pour moi, ça oui je le sais.

Sa personnalité facilite ce genre de perception: elle a mille voix, mille visages, elle est belle et laide à la fois, ou alternativement, ou tour à tour pour chacun, c'est selon. Elle t'imite, elle te voit, elle s'imite, elle me voit.On peut ne pas la reconnaître, et elle est différente: c'est elle.

Parfois, je m'irrite: c'est quand je suis face à elle, alors ce n'est pas elle, alors ce n'est pas vrai, et d'une certaine façon alors ce n'est pas moi.

Pour savoir qui je suis alors maintenant il me faut savoir qui elle est. Mais son but secret, ce pour quoi elle est faite et qu'elle même ne sait pas, c'est de te déconstruire: tout ce que tu croyais à toi, et qui façonnait ta propre identité, elle l'a démembré, innocemment, par instinct, par jeux mais ne nous y trompons pas, par cruauté aussi, parce qu'elle est cruelle, comme la nature est cruelle et qu'elle ne triche pas: elle est vraie. Pour savoir qui elle est, il faut tout accepter. Qui je suis alors ne compte pas.

Longtemps j'ai rêvé d'elle. Je veux dire avant même de la rencontrer. Je ne savais pas dessiner mais si j'avais su quoi faire d'un crayon, j'en aurais fait le portrait, de tête, sans l'avoir jamais croisée. Comment procéder? Son visage change, sa forme n'est que mémoire, anticipation et substitution, mais il reste quelques traits communs, et particulièrement graves dans ce visage, un menton appuyé, un nez long et bien droit, un ovale parfait et de grands yeux foncés, mais très clairs, car c'est la clarté de son front qui lui donne ce regard immense et perdu dans tout ce que tu veux voir pour elle. Après, je ne sais plus, je veux dire, je ne veux plus y penser. Après, c'est trop tard, et je veux laisser des zones ouvertes où je viendrai depuis après pour raconter ce que je sais mieux depuis, ou que j'ai désappris.

Il faut rester personnel, sans pour autant raconter trop, de peur qu'on n'y comprenne rien, mais je ne sais pas tout non plus. Je veux dire, il y a beaucoup de choses qui sont en dehors de moi que j'ignore et qui pourraient peut-être tout expliquer. Par exemple, avril 2010 je dînais avec elle, et tout à coup je lui demandais: es tu schizophrène? Et elle de me répondre: je le crois oui.

Malaise. J'avalais ma pincée de nouilles asiatiques. Tu sais que ta folie déborde sur le monde, je lui demandais, tu sais que ta folie me contamine? Et je voulais absolument ne pas me mettre à crier ni gémir, ni à taper du poing sur la table - j'essayais de garder une forme de consistance neutre et intelligible, sans accroche mais qu'on ne pourrait pas mépriser. Alors elle s'est mise à rire, puis toute la salle s'est mise à rire, et les chaises se sont retournées, et les murs dansaient, le plafond baillait, il s'ouvrait en deux et je préférais partir. Mais, et là c'est étrange, je ne l'explique pas, comme j'étais aussi l'homme qu'elle aime, oui comme je suis l'homme qu'elle aimait, elle m'a suivi. C'était à la fois beau et ridicule, et je me suis dit qu'il fallait choisir. J'étais juste incapable de prendre une décision, comme dans un rêve qui ne serait pas le mien.

Je veux préciser, et pour cela il me faut parler d'autre chose.

chambre écoute

Ami! J'avance les yeux fermés, je marche du bout du pied, c'est un territoire qui ressemble au nôtre mais ce n'est pas comme si cela était vrai. Je t'envoie ce message tel qu'il m'a été dicté: fais en ce que tu sais. Quant à moi, je suis délibérément abandonné. J'insiste: c'est de mon plein gré, c'est toute ma liberté. Ami, fais en ce que tu sais.

Faiblement, comme les personnes ayant une vision de mort. Là les mains fortes obstruaient le sentier de ces rois, ceux qui avaient annexé la maison du seul habitant - quel présent acte noble pour celui qui appartenait alors maintenant au tout et sanctifié par en haut. C'est la délibération finale pour nous tous, les quatre parties de la science du châtiment quittent chacune le ruisseau sacré, et ne doivent pas tomber trop loin de vous sauf si vous avez un alibi pour cette affaire au moins. L'un ou l'autre des segments s’écoule, etc., comme le grand cric a cassé toutes les règles à lui seul. Maintenant, celle qui ne sait pas se contenir selon les ordonnances posées du roi a regardé le ballon voler dans le ciel, car elle mettait sa parure. J'ose ne vous dire jamais plus. Silence. Elle n'écoutait pas, la terre et tous seront témoins.  Aucunement contrainte elle priera pour lui cinquante année qui dureront deux heures. Au retour dans le ruisseau chacun a parlé, mais il y avait quelque chose d’inquiet dans son œil à elle, comme elle voyait qu’elle se voyait, elle un oeil comme elle.

Tel semblable

J'avais une sensation étrange dans la bouche. Dehors il pleuvait, ami, et là où je suis il pleut autant que tu le sais! Je n'avais nulle part où m'abriter, juste un petit bout de tôle au dessus de ma tête. Mes affaires, heureusement, étaient à l'intérieur. Je ne transporte pas grand chose: quelques vêtements de rechange, un nécessaire de toilette, mon clavier portatif et mon petit coffret. Ces temps ci, nous n'étions plus en contact. Je commençais à croire qu'ils se désintéressaient, ou que je n'avais pas bien procédé. Mais comme mes affaires étaient à l'intérieur et moi dehors, je commençais à me demander pourquoi. Il était pas loin de 18h52, j'avais regardé ma montre peu auparavant, et je pensais bien qu'elle marchait comme il faut. Pourtant, comme on le sait, cela ne change rien. Alors je me concentrais: j'avais une sensation étrange dans la bouche.


Tel semblable à ceux trouvés hors des terres habitées. N'appréciez rien en dépit des apparences. Les effets de sa blessure sont la seule marque valable.
Le soleil, imperturbable, manque d'un confesseur. Laissez le père avancer ! Que m’offrent-ils ? Vous ne pouvez pas rester ici plus longtemps, ils ne le supportent pas, vous comme n'importe qui. Vous me devez cinq crédits pour la peine et encore cela semble beaucoup pour s'enfuir. Tel vous ne me refusiez rien tantôt et chacun était joli, était à moi. Le bon temps ! Je suis  le dernier à être vrai, je suppose ? Pensez non. Elle porte sur elle vos empreintes il dit. En un rien de temps mon interlocuteur a applaudi le moment au-delà du bord de la raison. Traîtresse! Nous l’avons vraiment trouvée par hasard, et quatre feux de joie ont brillé sur la maison. Je lui ai dit que j'avais des raisons supérieures. Dans la voie de l'art — comme vous dites — enfin, il faut réfléchir aussi de ce point de vue et il a semblé être déjà sur le point de s’asseoir, chaise sur laquelle le secrétaire du sort avait fait des folies. Nous avons marché vers le soleil, mais il n'était plus là.

Jour 1

Ce court message a été transmis entre mes oreilles le 18 au moment où j'allais me coucher. Je le livre tel quel, je sais ce qu'on peut, ou ce qu'on ne peut pas, y trouver. Penser que l'absence de sens est sans doute le code qui sert à décrypter. J'avais sans doute l'esprit très occupé, vous savez ce que c'est. Quoi qu'il en soit, c'est ainsi qu'il m'apparaissait, tout seul, sans la moindre trame visuelle, ni éblouissement, ni assourdissement, ni manifestation hallucinatoire, ni atteinte du goût ou d'un quelconque sens, d'une quelconque perception. Une conversation derrière la porte si l'on tend bien l'oreille, en quelque sorte, mais qui ne nous est pas destinée.


Tentative de description tangentielle des évènements perpendiculaires entre eux
Le magma est organique
L’espace rétrécit
Plus rien n’accouche jamais de personne
J’ai l’œil plein de ces choses que je ne vois pas
La cornée transpire
Quoi d’autre ?
Ton œil à toi, il est plein aussi ?
Et tes mains ?
Quoi tes mains…oui tes mains
Elles sont pleines ?
Tournées vers le sol
Comme ça
Poing fermé
Pour pas faire tout tomber
L’âme dis tu ?
Tu es fatigué
Au bout du rouleau.
Qu’est-ce que tu trimballes ?
Pose là ton fardeau
Et ouvre tes mains bordel !
Ok ok
On reprend.
On en est où?
On rit.
Déjà ?
L’âme dis-tu ?
Bon, on rit.

11:24

Tout est absolument identique à mon rêve, je me disais. Pourtant je n'y pensais plus depuis des années. C'était comme si j'étais perdu, et que par le mauvais côté, je m'étais retrouvé. Je me trouvais face à face avec quelque chose qui me ressemblait mais lorsque je retrouvais mes esprits, ce n'était qu'un miroir et je me détournais. 05/06/03 11:24.




Affamée et pâle et émaciée comme elle est devenue alors celle que l’on sait! 
Mais, Ô , nous la désirons comme article de consommation apportée jusqu’à nous dans les villes, elle et les spiritueux de son glorieux seigneur. 













Jour 2

J'ai encore un souvenir que j'essaie de comprendre mais qui ne correspond à rien: je veux dire que je n'ai jamais vécu cela. C'est très simple, ami, écoute ceci: dans un jardin, deux petits êtres. Il lui prend la main. La petite fille est timide, les cheveux blonds bouclés. Le petit garçon s'approche. Ils échangent un baiser tendre, lent, chaste. Puis soudain elle le gifle. ll est 14h43 ailleurs comme ici, nous sommes le 23 septembre (2007?) 






Nous commencerons doucement, délicatement, avec une approche scientifique ou une interprétation mathématique de la réalité que nous choisirons délibérément de niveau discutable ; puis nous approcherons de cette essence de façon orthogonale, en la décortiquant dans le contact provoqué, en la mettant en perspective dans la violence des faits, pour la mettre à l’épreuve des courants d’interprétation qui font débats.
Il n’y aura là non pas une contestation systématique d’un argument proposé ou opposé, mais véritablement un exercice de pensée libre et amusée, une pense communicante et où nos interprétations d’un même évènement multipliées par nos interprétations respectives se rejoindront - là où jaillissent parfois les formes de pensée les plus pures et les plus originales.
Nous discuterons de tout sur un ton clair et légèrement sautillant.
Nous profitons cependant largement des faiblesses d’élocution de nos interlocuteurs, qui auront tendance à s’interrompre en milieu d’un argument et à orienter leurs pensées vers un autre lieu pour une autre démonstration, à reculer par manque de confiance, voire à s’arrêter carrément au milieu de grands gestes ou de tremblements de leurs voix nasillardes.
Nous forcerons ces faiblesses en insistant par commutation mentale sur certains nœuds douloureux de ces esprits lents, nœuds cachés, dénervations honteuses. 
Nous observerons pour nous pendant ce temps que l’interrogation semble plus fondamentale  que la réponse à fournir.
La construction mentale de l’édifice sera d’un genre nouveau.
Sans chronologie.
Sans nécessité.
Sans pesanteur.
Sans peur.
Après avoir épuisé les sujets d’usage, nous tournerons nos esprits les uns vers les autres.
Nous envisagerons des cavités mentales à combler.
Des espaces enfouis, denses, à l’atmosphère irrespirable.
Nous deviendrons ces espaces condamnés.

Jour 3






Mardi, le 16. 07h32. J'observais depuis plusieurs semaines le même horizon, ami. Je ne voulais pas bouger, quand on sait ce qui peut se passer. J'étais lent et heureux.Mais j'ai du tout accélérer. Me voilà reparti. Derrière la vitre, les paysages se mélangent, il n'y a plus rien contre quoi s'appuyer sans se blesser. Nous prenons de la vitesse, je le sens. Je les entends, je les entends maintenant.




"Lodaès demanda à Zarka
-Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?
-Sais-tu ce qu’est ma voix?
Lui répondit celle-ci.
-Et comment, ne le sais-tu pas toi même? "

" Zarka s’approcha doucement
et tenant sa langue tout près
à Lodaès à son tour demanda :
-Quelle est cette couleur?
-C’est la couleur infinie "

" Zarka s’en fut
Tout près de toi
Mais on ne la voyait pas. "

"Lodaès approche
et jette sur le sol
d’authentiques bouquets
Zarka rit"

" -Lumière à nos pieds
Zarka s’allongea
-Lumière alors
Puis ce fut la nuit."







coup oeil

Assistons nous nous mêmes pour les périodes qui viennent: je ne puis être près de toi, ami, mais tu es près de moi. J'ai reculé cette fois ci, mais d'un certain point de vue je ne perds pas en efficacité. Puis je me suis retourné. Ceux qui me suivaient sont devant désormais. Je crois bien que je vais vers eux.


Les hommes durs et ambitieux ont besoin des originaux et des poètes, qui leur apportent les embellissements artistiques de leur science, pour les contenir par le vide, et tout est en un, en loques, en décoration superflue, et ils s'efforcent alors par eux aux façons différentes de gagner la mélancolie pour n'entendre plus rien de l’intérieur, et être enfin entièrement absorbé dans la - karkara, akarkara, kundodara, et mahodara - litanie ; répéter.